Sommaire
- 01Comprendre la rupture conventionnelle avant de répondre à votre employeur
- 02D’où vient la proposition : un indicateur de votre marge réelle
- 03Calendrier obligatoire : les étapes que personne ne peut raccourcir
- 04L’indemnité spécifique : un plancher, pas un plafond
- 05Au-delà du montant : ce qui se négocie aussi avant signature
- 06Allocations chômage : chiffrer le délai réel avant le premier versement
- 07Faire annuler une convention déjà signée : vice et défaut de procédure
- 08Arrêt maladie, inaptitude, harcèlement : signer ou attendre
- 09Contester l’homologation : les douze mois pour agir
- ★À retenir
- §Sources officielles
Rupture conventionnelle
négocier votre indemnité ou refuser de signer
La rupture conventionnelle est, à ce jour, le seul mode de rupture amiable d’un CDI qui ouvre droit aux allocations chômage. La procédure enchaîne entretien(s), signature d’une convention, délai de rétractation de quinze jours calendaires, puis homologation par la DREETS sous quinze jours ouvrables via la plateforme TéléRC. L’indemnité ne peut descendre sous l’indemnité légale de licenciement, mais tout le reste se discute : montant supra-légal, date de fin, dispense d’activité, clause de non-concurrence. Le recours devant le conseil de prud’hommes reste ouvert pendant douze mois après l’homologation.
Une proposition de rupture conventionnelle se présente rarement comme un accord entre égaux. Elle arrive après un entretien tendu, parfois après plusieurs mois d’inconfort, avec une convention déjà rédigée et un chiffre déjà inscrit. Sur la table, le formulaire CERFA, sa case « indemnité spécifique » déjà renseignée au stylo bleu. À côté, le contrat de travail ouvert à la page de la clause de non-concurrence. Le délai de rétractation, brièvement évoqué. L’indemnité, qualifiée de « maximum possible ». Pourtant, sur le montant, le calendrier et plusieurs clauses du contrat, le salarié garde des marges réelles. Encore faut-il les identifier avant de signer.
La rupture conventionnelle n’est pas une formalité administrative. C’est une négociation qui se prépare avant et se chiffre, dossier par dossier.
Comprendre la rupture conventionnelle avant de répondre à votre employeur
La rupture conventionnelle met fin au CDI par accord des deux parties [1]. Elle a été créée par la loi du 25 juin 2008 et figure aux articles L1237-11 à L1237-16 du Code du travail. Elle ne se confond ni avec la démission, qui procède de la seule volonté du salarié, ni avec le licenciement, qui résulte d’une décision unilatérale de l’employeur.
Deux conséquences pratiques en découlent.
D’abord, la rupture conventionnelle est à ce jour le seul mode de rupture amiable d’un CDI qui ouvre droit à l’allocation d’aide au retour à l’emploi. Une démission classique ne donne pas accès à ces allocations, sauf cas restrictifs comme la démission pour reconversion professionnelle validée par un Conseil en évolution professionnelle.
Ensuite, elle suppose un consentement libre. La loi a posé deux garde-fous : un délai de rétractation incompressible et un contrôle administratif préalable à l’effet de la convention. Ils ferment la porte à une signature obtenue sous pression, ou apposée à la hâte.
Si une convention m’est soumise par un salarié, je pose cette première question, très simple : la démarche s’inscrit-elle véritablement dans un cadre amiable, ou résulte-t-elle de difficultés, voire d’un projet de licenciement que l’on cherche à éviter ?
D’où vient la proposition : un indicateur de votre marge réelle
L’origine de la proposition compte. La rupture conventionnelle peut être sollicitée par le salarié, présentée par l’employeur, ou se substituer à un autre mode de rupture envisagé. Chacun de ces points de départ produit un rapport de force différent.
Quand la demande vient du salarié (préparation d’une reconversion ou volonté de quitter son poste), l’employeur n’est tenu de rien et n’accepte la discussion que s’il y trouve son intérêt. Le levier de négociation reste limité, sauf compétence rare ou difficulté de remplacement.
Lorsque l’idée vient de l’employeur, le rapport bascule. Les motifs sont variables : restructuration officieuse, désaccord persistant sur les missions ou volonté d’éviter une procédure de licenciement plus risquée. La proposition arrive souvent à l’occasion d’un entretien annuel, parfois après une période de mise à l’écart. Le salarié dispose alors d’une vraie marge, à condition de l’identifier.
Reste un cas de figure plus délicat : la rupture conventionnelle peut servir à contourner un autre mode de rupture. Elle peut masquer un projet de licenciement disciplinaire mal étayé ou éluder les garanties du licenciement économique. La jurisprudence sanctionne ces détournements lorsqu’ils sont démontrés.
D’expérience, la marge réelle du salarié se mesure à l’intérêt qu’a l’employeur de conclure. Quand la rupture sert à neutraliser un risque contentieux, le supra-légal peut se compter en mois de salaire au-delà du plancher. Quand le salarié part de sa propre initiative et que rien ne retient l’employeur, l’indemnité reste proche du minimum.
Calendrier obligatoire : les étapes que personne ne peut raccourcir
La procédure comporte des étapes nécessaires, dans un ordre précis. Toute irrégularité significative peut entraîner la nullité de la convention.
L’article L1237-12 du Code du travail impose au moins un entretien préalable entre l’employeur et le salarié, au cours duquel les conditions de la rupture sont discutées. Le salarié peut s’y faire assister par un représentant du personnel ou, en l’absence de représentants dans l’entreprise, par un conseiller du salarié inscrit sur la liste préfectorale. Aucun délai n’est imposé entre cet entretien et la signature, mais l’absence totale d’entretien justifie l’annulation de la convention.
À l’issue des échanges, les parties remplissent la convention de rupture sur le formulaire CERFA n° 14598 ou directement sur la plateforme TéléRC du ministère du Travail. La convention précise le montant de l’indemnité, la date envisagée de fin du contrat et celle de la fin du délai de rétractation. Un exemplaire daté et signé doit obligatoirement être remis au salarié, sous peine de nullité.
Le délai de rétractation commence à courir le lendemain de la signature et dure quinze jours calendaires. Chaque partie peut se rétracter par lettre recommandée ou remise en main propre contre décharge, sans avoir à motiver sa décision. Aucun accord ne peut réduire ce délai, qui est d’ordre public [1].
Après expiration de la rétractation, la convention est transmise pour homologation à la Direction régionale de l’économie, de l’emploi, du travail et des solidarités (DREETS, anciennement DIRECCTE), via TéléRC pour la quasi-totalité des dossiers. L’administration dispose de quinze jours ouvrables pour vérifier la régularité de la procédure et la liberté du consentement [2]. Le silence à l’issue de ce délai vaut homologation tacite.
La rupture du contrat prend effet au plus tôt le lendemain du jour de l’homologation, à la date prévue par la convention. C’est seulement à cette date que les indemnités sont dues, que le solde de tout compte est remis et que l’attestation France Travail peut être délivrée.
| Étape | Délai applicable | Effet juridique |
|---|---|---|
| Entretien préalable | Pas de délai minimum légal | Préparation de la convention |
| Signature de la convention | Possible dès l’entretien | Début du délai de rétractation |
| Rétractation | 15 jours calendaires | Annulation libre, sans motif |
| Transmission à la DREETS | À l’expiration de la rétractation | Saisine de l’administration |
| Instruction par la DREETS | 15 jours ouvrables | Homologation expresse ou tacite |
| Fin effective du contrat | Au plus tôt le lendemain de l’homologation | Cessation du contrat |
En pratique, comptez au minimum six à sept semaines entre la signature et la fin réelle du contrat, et souvent davantage lorsque la date de rupture est repoussée pour préserver un bonus ou une prime. Ce calendrier n’est pas négociable à la baisse, ce qui peut être un point de friction lorsqu’une des parties souhaite un départ rapide.
Trois dates doivent être distinguées, qui sont régulièrement confondues : la date de signature, la date d’homologation et la date de rupture effective. Cette confusion est à l’origine de nombreuses erreurs d’inscription à France Travail, ainsi que de faux pas sur la portabilité de la mutuelle ou la date d’effet du dernier bulletin de paie.
L’indemnité spécifique : un plancher, pas un plafond
La convention de rupture doit prévoir une indemnité spécifique. Son montant n’est pas libre puisqu’il ne peut pas être inférieur à l’indemnité légale de licenciement, calculée selon les règles des articles L1234-9 et R1234-2 du Code du travail [3]. Lorsqu’une convention collective prévoit une indemnité de licenciement plus favorable, c’est elle qui sert de plancher.
L’indemnité légale se calcule à partir d’un salaire de référence et d’une ancienneté.
Côté salaire, on retient le plus avantageux entre la moyenne brute des douze derniers mois précédant la signature et le tiers des trois derniers mois. Cette comparaison protège le salarié dont la rémunération a baissé récemment, par exemple en raison d’un arrêt maladie ou d’une période de chômage partiel. Le salaire de référence intègre le salaire de base et les éléments réguliers de rémunération comme les primes contractuelles ou les commissions. Les remboursements de frais professionnels et les primes exceptionnelles ne sont pas pris en compte.
Côté formule, l’indemnité correspond à un quart de mois de salaire par année pour les dix premières années d’ancienneté, puis à un tiers de mois par année supplémentaire. Les années incomplètes sont prises en compte au prorata, en mois.
| Élément | Règle applicable | Source |
|---|---|---|
| Salaire de référence | Plus favorable entre moyenne des 12 mois et tiers des 3 mois | Article R1234-4 du Code du travail |
| Tranche 1 (0-10 ans) | 1/4 de mois par année d’ancienneté | Article R1234-2 du Code du travail |
| Tranche 2 (au-delà de 10 ans) | 1/3 de mois par année supplémentaire | Article R1234-2 du Code du travail |
| Plancher de la rupture conventionnelle | Indemnité légale ou conventionnelle si plus favorable | Article L1237-13 du Code du travail |
L’indemnité prévue par la convention de rupture dépasse en général ce minimum. La part qui excède le plancher est appelée indemnité supra-légale : c’est sur ce supplément que se concentrent la plupart des discussions.
Sur le plan fiscal, l’indemnité est exonérée d’impôt sur le revenu dans la limite du plus élevé des trois montants suivants : le montant prévu par la loi ou la convention collective, deux fois la rémunération annuelle brute de l’année précédant la rupture, ou la moitié de l’indemnité totale perçue [4]. Si le salarié est en droit de liquider sa pension de retraite à la date de la rupture, l’indemnité devient en principe imposable dès le premier euro, un point régulièrement oublié dans les dossiers de fin de carrière.
Sur le plan social, l’exonération de cotisations s’applique dans la limite de deux fois le plafond annuel de la sécurité sociale, soit 96 120 euros en 2026. Une CSG-CRDS reste due sur la fraction dépassant le montant légal ou conventionnel. Côté employeur, la contribution patronale spécifique sur la part exonérée est passée de 30 à 40 % depuis le 1er janvier 2026 [5]. Ce relèvement ne pèse pas sur le salarié, mais il modifie le coût employeur d’une rupture et peut influer sur la marge de discussion.
J’attaque l’analyse d’un dossier par ce calcul. Pas parce qu’il fixe la cible : il fixe le plancher. Et sans plancher posé, aucune discussion sérieuse sur le supra-légal n’est possible.
Au-delà du montant : ce qui se négocie aussi avant signature
L’indemnité n’est pas le seul point qui se discute. Une rupture conventionnelle se construit autour d’un ensemble cohérent : montant total, date de départ, clauses du contrat encore actives et accompagnement éventuel.
Le montant supra-légal est le levier le plus visible. L’écart entre l’indemnité légale et ce qu’un salarié peut effectivement obtenir dépend du contexte : un cadre dont le poste est difficile à pourvoir, un salarié qui aurait un dossier prud’homal consistant à invoquer ou un collaborateur dont le départ arrange l’entreprise sont en position d’obtenir une indemnité supérieure. L’écart va du minimum légal strict à plusieurs mois de salaire au-delà.
La date de fin de contrat, ensuite, est rarement utilisée à sa pleine valeur. Le calendrier minimum est rigide, mais rien n’oblige les parties à le retenir au plus court. Une date plus tardive permet de conserver un treizième mois, un bonus annuel à venir ou d’attendre une fenêtre d’inscription à une formation. Une dispense d’activité (situation dans laquelle l’employeur cesse d’exiger la présence du salarié alors que le salaire continue d’être payé jusqu’à la date de rupture) peut accompagner ce report. La date effective détermine aussi l’ancienneté retenue et donc le calcul de l’indemnité.
La clause de non-concurrence, lorsqu’elle figure au contrat, peut être levée par l’employeur. Encore faut-il que la levée intervienne au plus tard à la date de rupture prévue par la convention, faute de quoi la contrepartie financière reste due au salarié pendant toute la durée de la clause.
Les dispositifs annexes, rarement abordés spontanément, méritent un détour : portabilité de la mutuelle, déblocage anticipé de l’épargne salariale, sort des actions gratuites en cours, traitement de la rémunération variable ou de la part conditionnée d’une rémunération annuelle, droits acquis au titre de l’intéressement et de la participation. Un accompagnement par un cabinet d’outplacement est parfois proposé en complément.
Un cadre commercial avec onze ans d’ancienneté reçoit une proposition d’indemnité strictement égale au minimum légal, soit environ trois mois et demi de salaire brut. Il s’apprête à signer. L’analyse préalable révèle qu’il a effectué plusieurs heures supplémentaires non payées sur les trois dernières années, qu’une clause de non-concurrence figure dans son contrat sans véritable intérêt pour l’employeur et qu’un bonus annuel doit être versé deux mois plus tard. La discussion aboutit à une indemnité majorée d’environ trois mois de salaire, à la levée écrite de la clause et à un report de la date de fin de contrat permettant le versement du bonus.
Allocations chômage : chiffrer le délai réel avant le premier versement
La rupture conventionnelle ouvre droit à l’allocation d’aide au retour à l’emploi, sous réserve de remplir les conditions générales d’affiliation à l’assurance chômage. C’est ce qui la distingue principalement de la démission.
Côté pratique, il faut s’inscrire à France Travail dans les douze mois suivant la fin du contrat. Le calcul du montant journalier repose sur le salaire journalier de référence, selon la formule la plus favorable.
Plusieurs délais successifs peuvent toutefois retarder le premier versement de l’allocation. Mieux vaut les avoir compris avant de signer.
Sept jours d’attente incompressibles s’appliquent d’abord à toute nouvelle ouverture de droits. Vient ensuite le différé congés payés, calculé sur le nombre de jours d’indemnité compensatrice de congés payés versée à la fin du contrat, et plafonné à trente jours. Le différé spécifique d’indemnisation est lié aux indemnités versées au-delà du minimum légal : il se calcule en divisant le supra-légal par un diviseur revu chaque année par l’Unedic, et plafonne à cent cinquante jours calendaires.
| Délai | Mode de calcul | Plafond |
|---|---|---|
| Délai d’attente | 7 jours après inscription à France Travail | 7 jours |
| Différé congés payés | Nombre de jours d’indemnité de congés payés versés | 30 jours |
| Différé spécifique | Montant supra-légal divisé par le diviseur Unedic en vigueur | 150 jours calendaires |
Un salarié qui négocie une indemnité supra-légale élevée verra le versement des allocations chômage décalé d’autant. À l’inverse, en restant proche du minimum légal, ses allocations démarreront plus tôt, mais il touchera moins à la rupture. L’arbitrage entre montant immédiat et délai d’indemnisation est l’un des points centraux de la négociation.
Un salarié avec huit ans d’ancienneté négocie une indemnité supra-légale équivalente à environ quatre mois de salaire net. Avec un différé spécifique proche du plafond de cent cinquante jours, auquel s’ajoutent les trente jours du différé congés payés et les sept jours d’attente, il ne percevra son premier versement qu’environ six mois après la fin de son contrat. Cette donnée est importante pour aborder la négociation : un capital plus important ne se traduit pas mécaniquement par un gain net immédiat sur les douze premiers mois suivant la rupture.
Cette tension entre montant et calendrier doit être chiffrée dossier par dossier. À mon sens, deux scénarios doivent être discutés avec le salarié : le scénario à indemnité minimale et le scénario à indemnité optimisée, en intégrant le différé probable. Le choix dépend largement de sa trésorerie, de la durée prévisible de sa recherche d’emploi et de ses obligations financières en cours.
Faire annuler une convention déjà signée : vice et défaut de procédure
Une convention de rupture n’est jamais à l’abri d’une remise en cause. Plusieurs irrégularités peuvent conduire à son annulation. L’enjeu peut être important dans la mesure où la nullité replace les parties dans la situation antérieure à la signature, ce qui ouvre selon les cas la voie à des indemnités substantielles, voire à un remboursement par le salarié.
L’annulation peut être liée à la procédure ou au consentement.
En ce qui concerne la procédure, plusieurs irrégularités sont sanctionnées : absence d’entretien préalable, défaut de remise au salarié d’un exemplaire daté et signé, non-respect du délai de rétractation ou encore modification unilatérale du document par l’employeur après un refus initial d’homologation. La Cour de cassation est particulièrement stricte et c’est à l’employeur de prouver la remise de l’exemplaire signé. À défaut, la nullité est encourue, sans qu’aucune preuve indirecte ne puisse la sauver.
S’agissant du consentement, les règles du Code civil sur les vices s’appliquent à la rupture conventionnelle. L’erreur, le dol et la violence sont susceptibles d’entraîner la nullité, à condition d’avoir été déterminants. Tant le salarié que l’employeur peuvent invoquer un vice de leur consentement.
Ainsi, la Cour de cassation a reconnu que la signature intervenue dans un contexte de harcèlement moral établi caractérise une violence morale et entraîne la nullité de la convention. La dissimulation par l’employeur d’éléments qu’il savait déterminants pour le salarié, par exemple l’imminence d’un plan de sauvegarde de l’emploi, peut également être retenue.
L’employeur dispose, depuis 2024, d’un argument symétrique : un salarié qui dissimule intentionnellement à son employeur une information qu’il sait déterminante du consentement de ce dernier commet un dol justifiant l’annulation (Cass. soc., 19 juin 2024, n° 23-10.817). La rupture produit alors les effets d’une démission.
Lorsque la nullité est imputable à l’employeur, la rupture est requalifiée en licenciement sans cause réelle et sérieuse, ce qui ouvre droit à des indemnités calculées en application du barème prévu à l’article L1235-3 du Code du travail. Si elle est imputable au salarié, la rupture est requalifiée en démission, et le salarié peut être tenu de rembourser l’indemnité reçue et de verser une indemnité compensatrice de préavis.
Une salariée signe une rupture conventionnelle après plusieurs mois d’alertes adressées à sa hiérarchie sur des faits qu’elle décrit comme du harcèlement moral. Ces alertes sont documentées par courriels et la médecine du travail a constaté une dégradation manifeste de son état. L’analyse de la situation conduit à engager une discussion contradictoire avec l’employeur, qui aboutit à une majoration de l’indemnité couvrant l’ensemble des préjudices, sans qu’il soit nécessaire de saisir le conseil de prud’hommes. Ce type d’issue suppose de réagir rapidement, idéalement avant la fin du délai de rétractation, ou très peu de temps après l’homologation.
Je conseille de consacrer autant de temps au contexte de la signature qu’au contenu du formulaire lui-même, surtout quand le salarié signe en arrêt maladie, sous pression ou au sortir d’un conflit. Une convention sans accroc formel peut être annulée si l’on démontre un vice du consentement. À l’inverse, des défauts dans la rédaction ne sont pas nécessairement rédhibitoires si la liberté du consentement est entière. Le délai pour invoquer un vice est de douze mois à compter de l’homologation.
Arrêt maladie, inaptitude, harcèlement : signer ou attendre
Plusieurs situations sont susceptibles de remettre en cause la validité d’une rupture conventionnelle.
L’arrêt maladie de droit commun n’interdit pas la signature. La Cour de cassation l’admet sans difficulté, sous réserve de l’absence de fraude ou de vice du consentement. Le juge éventuellement saisi sera toutefois attentif aux conditions de la signature lorsque le salarié est en arrêt long, ou en arrêt pour épuisement professionnel, sa capacité à apprécier librement les conséquences de la rupture pouvant être altérée.
Même logique pour l’arrêt consécutif à un accident du travail ou à une maladie professionnelle. La Cour de cassation a admis dès 2014 la possibilité de conclure une rupture conventionnelle pendant la période de suspension du contrat consécutive à un accident du travail.
L’inaptitude constatée par le médecin du travail ne fait pas davantage obstacle, depuis un arrêt du 9 mai 2019 (Cass. soc., n° 17-28.767). Sauf fraude ou vice du consentement, la convention peut être signée, sous réserve qu’elle ne masque pas un contournement de l’obligation de reclassement.
Cependant, il en va autrement dans l’hypothèse d’un harcèlement moral. La Cour de cassation considère que la signature intervenue alors que le salarié se trouve dans une situation de violence morale du fait du harcèlement subi caractérise un vice du consentement. La convention est alors nulle, indépendamment de la régularité formelle de la procédure.
Pour les salariés protégés (membres élus du CSE, délégués syndicaux et certains autres mandataires), la convention sera également annulée si la rupture est liée au mandat exercé. C’est précisément ce que vérifie l’inspecteur du travail, dont l’autorisation préalable remplace l’homologation par la DREETS.
S’agissant des femmes enceintes ou en congé maternité, la rupture conventionnelle reste possible, mais le juge sera attentif à toute pression ou discrimination, notamment au regard de la chronologie des échanges.
Contester l’homologation : les douze mois pour agir
Une fois la convention homologuée, le délai de contestation est de douze mois (article L1237-14 du Code du travail) [2]. Ce délai court à compter de la date de l’homologation, expresse ou tacite, et concerne toute contestation portant sur la convention, sur son homologation ou sur le refus d’homologation. Le conseil de prud’hommes est seul compétent, à l’exclusion de tout recours administratif.
Devant le juge, les demandes portent en général sur la nullité de la convention (vice du consentement ou irrégularité de procédure), pour obtenir la requalification en licenciement sans cause réelle et sérieuse, avec application du barème de l’article L1235-3. S’y ajoutent souvent des rappels de salaire et des dommages-intérêts pour préjudice distinct.
L’issue dépend des pièces que le salarié aura conservées avant de saisir : écrits internes, bulletins de paie sur la période litigieuse, alertes adressées à la hiérarchie et leurs réponses.
Le délai n’est pas extensible. Un vice du consentement découvert tardivement, comme l’imminence d’un PSE dissimulée au moment de la signature, doit être invoqué dans les douze mois. Au-delà, seule la prescription quinquennale du Code civil offre une issue, dans de rares cas.
À mon sens, la négociation doit être privilégiée chaque fois que les délais le permettent.
Un salarié signe une rupture conventionnelle avec une indemnité limitée au minimum légal. Trois mois après l’homologation, il découvre que l’entreprise a engagé une procédure de plan de sauvegarde de l’emploi dont les premières mesures avaient été préparées avant sa signature. L’analyse du dossier permet d’établir la concomitance des décisions internes et de la proposition de rupture, ainsi que la dissimulation de cette information. Une mise en demeure adressée à l’employeur ouvre une discussion qui se conclut, avant toute saisine, par le versement d’une indemnité complémentaire correspondant à ce que le salarié aurait obtenu dans le cadre du PSE.
Avant la signature, presque tout se discute. Après l’homologation, presque plus rien.
Avant de signer ou de répondre à une proposition, plusieurs vérifications s’imposent. C’est le moment où l’analyse a le plus de portée.
Le seuil de l’indemnité légale a-t-il été correctement calculé sur le bon salaire de référence ? Le délai cumulé avant le premier versement chômage a-t-il été chiffré au regard du supra-légal envisagé ? Quid des clauses encore actives du contrat, à commencer par la non-concurrence, mais aussi parfois l’exclusivité ou la propriété intellectuelle ? La date de fin du contrat préserve-t-elle les primes, bonus ou droits à intéressement à venir ? L’origine réelle de la proposition justifie-t-elle un repositionnement du montant ? Et le contexte de signature (arrêt maladie, alertes, restructuration) peut-il, le cas échéant, ouvrir un terrain de contestation dans les douze mois ?
Le bon moment d’agir est celui où la décision peut encore être révisée. Passé l’homologation, le délai de douze mois reste ouvert, mais il se referme vite et toute action suppose des pièces conservées.
Vous avez une proposition de rupture conventionnelle en main ?
Un examen précis du montant proposé, du calendrier et des clauses encore actives permet d’identifier les marges de négociation et de chiffrer l’impact réel sur vos droits à venir, avant que le délai de rétractation ne s’épuise.
Prendre rendez-vousArticles à lire ensuite
- 01 Licenciement ou rupture conventionnelle : que choisir avant de signer(à venir)
- 02 Démissionner sans perdre ses droits au chômage : les cas où c’est possible(à venir)
- 03 Calculer son indemnité légale de licenciement : la méthode pas à pas(à venir)
- 04 Harcèlement moral au travail : prouver les faits avant d’agir(à venir)
- 05 Clause de non-concurrence : la faire lever ou la contester(à venir)
- [1]Article L1237-13 du Code du travail (contenu de la convention, date de rupture, délai de rétractation de 15 jours calendaires). Légifrance ↗
- [2]Article L1237-14 du Code du travail (homologation par la DREETS, délai d’instruction de 15 jours ouvrables, recours juridictionnel dans les 12 mois). Légifrance ↗
- [3]Articles R1234-1 à R1234-5 du Code du travail (formule de calcul de l’indemnité légale de licenciement, qui sert de plancher à l’indemnité spécifique de rupture conventionnelle). Légifrance ↗
- [4]Fiche officielle service-public.fr sur le calcul et le régime fiscal de l’indemnité spécifique de rupture conventionnelle. service-public.fr ↗
- [5]Page Urssaf sur les indemnités de rupture conventionnelle et le régime de la contribution patronale spécifique (taux porté à 40 % depuis le 1er janvier 2026). urssaf.fr ↗
- [6]Cass. soc., 19 juin 2024, n° 23-10.817 (dol du salarié dissimulant une information déterminante du consentement de l’employeur ; annulation de la rupture conventionnelle produisant les effets d’une démission).
Article rédigé par Maître Laurent Béziau, avocat au Barreau de Nantes. Le cabinet accompagne les salariés à toutes les étapes de la rupture du contrat de travail, du conseil en amont à la négociation et, si elle s’avère nécessaire, à la conduite du contentieux prud’homal.